Jour
Ces gens perdent vite espoir et beaucoup d’entre eux sont en colère. On comprend facilement pourquoi en regardant autour de soi. Il y a beaucoup de travail à faire ici et le devoir d’atteindre un maximum de ces personnes occupe mon esprit.
Notre premier convoi se compose de 2 camions et d’une camionnette que nous avons chargée de nourriture et d’eau, et ces approvisionnements ont déjà attiré beaucoup d’attention. Il y a déjà des accrochages qui éclatent ici et là sans même avoir mis les pieds dans la zone principale du désastre.
Les régions frontalières présentent clairement un danger. Avec l’heure qui tourne, nous décidons d’entrer droit dans Port-au-Prince sans attendre l’arrivée de notre chargé de sécurité.
C’était une décision que j’espérais ne pas avoir à regretter après, seulement, nous n’étions plus en mesure d’attendre plus longtemps. Si nous étions partis plus tard, nous serions arrivés dans la nuit à Port-au-Prince et cela aurait été un plus grand risque que nous ne pouvions prendre.
Le trajet de 3h qui sépare la frontière de la ville de Port-au-Prince a été un déchirement total. C’était difficile de ne pas se sentir épuisé physiquement et moralement. A peine entré dans la ville, on sentait l’odeur nauséabonde des corps en décomposition. Sous les décombres il y a beaucoup plus de corps sans vie et avec une température de 32°C, l’odeur est encore plus forte.
La vue de ces cadavres défigurés et éparpillés dans les rues est tellement surréaliste que même la plus sombre des imaginations ne pourrait évoquer de telles images. Je n’arrive pas à croire qu’à l’instant même, c’est bel et bien réel.
Les familles, sans abris, qui ont survécus vivent avec des draps, seul "toit" qu’elles ont pour se protéger du soleil brûlant Elles vivent entre les cadavres qui remplissent les rues quartier après quartier. C’est presque comme si les décombres faisaient partie du paysage.
Vous entendez certainement aux nouvelles que l’aide est en train d’être répartie, mais croyez moi, tout ce qui est fait est tout simplement insuffisant et là où on se trouve, l’aide ne parvient à aucun des endroits touchés que l’on a pu voir.
Trois heures plus tard, nous arrivons à Port-au-Prince dans un lieu appelé Masjid Tawheed (1). Des centaines de familles –musulmanes comme non musulmanes- étaient entassées et attendaient patiemment de l’aide.
Il n’y a pas d’électricité, pas d’eau courante et aucune installation sanitaire, et malgré tout cela, un étrange calme y règne. Dans la cour de la mosquée, il y a presque une atmosphère de siège. C’est tellement difficile à décrire de mettre des mots sur ces scènes.
Se risquer à sortir dehors n’est pas quelque chose à faire, personne ne s’y aventure à moins que cela soit absolument nécessaire. Il y a énormément de véhicules militaires lourdement armés et encore plus de soldats, et pourtant, la dernière chose que l’on puisse dire de cette ville est qu’elle soit sécurisée.
Nous avons auprès de nous un groupe de volontaires de Muslim Hands et des personnes locales qui se sont unis pour apporter de l’aide. On travaille la nuit à l’aide de torches pour préparer des colis alimentaires prêts à être distribués par la suite. Aujourd’hui on a utilisé une petite camionnette pour distribuer de petits lots d’assistance à quatre endroits autour de la capitale.
Nous avons déterminé quatre autres lieux où la distribution a lieu en ce moment même. Ce que nous avons n’est rien face au besoin que l’on affronte. Cela est dû au fait que le ravitaillement s’épuise en quelques heures. Des millions de personnes ici attendent qu’on leur tende le bras.
La population d’Haïti a atteint son heure la plus sombre, gardez le moral et n’oubliez pas les gens d’ici. Pour plus de nouvelles, je vous dis à demain insha Allah.
Jour
Réussir à entrer à Haïti est une lutte énorme pour tant d'organisations humanitaires dans le secteur.
Ici à Santo Domingo, nous avions examiné toutes les manières que nous pouvons pour être en contact avec les organismes présents à Port au prince, le secteur le plus affecté.
Les craintes au sujet de la sécurité sont intensifiées puisque les incursions et le pillage sont devenus plus communs.
Il semble qu'ici tout le monde a des anecdotes et des histoires à raconter la façon dont le désespoir des personnes a pu mener à l'émeute et à l'anarchie.
Nous sommes rentrés dans un secteur où beaucoup de personnes n'ont reçu aucune nourriture ou ne boivent pas depuis que le tremblement de terre a frappé.
Pour notre mission d'aide à Port-Au-Prince demain nous avons recueilli nos convois d'aide ensemble. Nous avons été chanceux de trouver un groupe avec lequel nous avions travaillés à la frontière avec la République Dominicaine, ce groupe fait partie d’un des plus importants centres de livraison d'aide humanitaire.
Ceux qui ont survécu au tremblement de terre utilisent la mosquée comme endroit sûr pour servir toute la communauté affectée, d'ici elles viennent pour partager la nourriture et les ressources entre les uns et les autres et pour coordonner les efforts d'aide.
Avec nous M. Abdul Lateef, un spécialiste en sécurité (Tellement nécessaire ici !) qui, avec un convoi de 15 personnes, voyage avec nous et nos convois d'approvisionnements en nourriture et en eau potable.
La mosquée, Al Nur, est l'une des quatre mosquées à Port-Au-Prince et approvisionne une population de 10.000 musulmans à Haïti. Elle est utilisée comme abris pour la toute la population, beaucoup entrent pour partager la nourriture et les ressources parmi un une autre.
Il s’agit essentiellement d'articles alimentaires et non alimentaires : boîtes de sardines, des céréales, des biscuits, des haricots cuits au four, du lait en poudre, des conserves, des articles d'hygiène et des pastilles de purification d'eau.
La valeur totale de cette opération s’élève à 15.000$.
En plus de cela, notre convoi humanitaire compte distribuer également 5000 litres d'eau potable pour les personnes qui ont été livrés à elles même. Nous espérons que cela sauvera des vies.
En raison des émeutes et des pillages, il est presque impossible de voyager avec de gros camions s’ils ne sont pas protégés et si la route n’est pas sécurisée.Même à Saint Domingue, nous avons vu tant de personnes déplacées utilisant les maisons en tant que dispensaires de fortune. Les hôpitaux sont débordés et la plupart des ONG sont coincées à la frontière.
Dès que nous serons demain à Port-au-Prince, nous allons établir notre base et commencer immédiatement la distribution.
Dès que nous serons demain à Port-au-Prince, nous allons établir notre base et commencer immédiatement la distribution.Nous vous tiendrons au courant au fur et à mesure mais d’ici là, n’oubliez pas les sinistrés de Haïti dans vos pensées et vos prières pour que l’aide apportée soit efficace.
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